"Tourpilles", le recueil de citationsCitoyenPage 1 / 3"Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes, que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen, même avisé et énergique quand il n'a à conduire que son propre destin, en vient naturellement et par une espèce de sagesse à rechercher quelle est l'opinion dominante au sujet des affaires publiques. "Car, se dit-il, comme je n'ai ni la prétention ni le pouvoir de gouverner à moi tout seul, il faut que je m'attende à être conduit ; à faire ce qu'on fera, à penser ce qu'on pensera." Remarquez que tous raisonnent de même, et de bonne foi. Chacun a bien peut-être une opinion ; mais c'est à peine s'il se la formule à lui-même ; il rougit à la seule pensée qu'il pourrait être seul de son avis. Le voilà donc qui honnêtement écoute les orateurs, lit les journaux, enfin se met à la recherche de cet être fantastique que l'on appelle l'opinion publique. "La question n'est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si le pays veut ou non faire la guerre." Il interroge donc le pays. Et tous les citoyens interrogent le pays au lieu de s'interroger eux-mêmes." Emile Chartier, dit Alain - 1868-1951 - Mars ou la guerre jugée - Les Passions et la Sagesse - 1921 "Ceux qui exposent leur vie jugent peut-être qu'ils donnent assez. Examinons ceux qui n'exposent point leur vie. Beaucoup se sont enrichis, soit à fabriquer pour la guerre, soit à acheter et revendre mille denrées nécessaires qui sont demandées à tout prix. [...] Mais, la fortune faite, ne va-t-il pas se trouver quelque bon citoyen qui dira : "J'ai gagné deux ou dix millions ; or j'estime qu'ils ne sont pas à moi. En cette tourmente où tant de nobles hommes sont morts, c'est assez pour moi d'avoir vécu ; c'est trop d'avoir bien vécu ; je refuse une fortune née du malheur public ; tout ce que j'ai amassé est à la patrie ; qu'elle en use comme elle voudra ; et je sais que, donnant ces millions, je donne encore bien moins que le premier fantassin venu" ? Aucun citoyen n'a parlé ainsi. Aucune réunion d'enrichis n'a donné à l'État deux ou trois cents millions." Emile Chartier, dit Alain - 1868-1951 - Mars ou la guerre jugée - Les Passions et la Sagesse - 1921 "Ce qui n'est pas nuisible à la cité ne l'est pas non plus au citoyen. Applique cette règle à tout ce qui te paraît être nuisible : "Si cela ne nuit pas à la cité, cela ne me nuit pas non plus"." Marc Aurèle - 121-180 - Pensées "Qu'est-ce qu'un citoyen qui doit faire la preuve, à chaque instant ? De sa citoyenneté." Pierre Bourdieu - 1930-2002 - 1997, in le magazine Les Inrockuptibles - 8 Octobre 1997 "La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. Or, en mettant l'accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ces droits démocratiques." Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Sur la télévision - 1996, page 18 "Que la morale fasse partie d'une éducation publique commune à toutes les classes de citoyens." Condorcet - 1743-1794 - Discours d'avril 1790 "Une métamorphose du libéralisme en autoritarisme s'annonce depuis 1989. Un dispositif de contrainte et de hiérarchisation s'esquisse, analogue à celui des anciens empires. Nous entrons dans un règne qui vise, comme jadis à parachever son hégémonie par l'exaltation des fantaisies des puissants, l'abaissement de citoyens libres et l'écrasement des indigents." Denis Duclos - Une nouvelle caste planétaire - in Manière de voir n°99, Juin-Juillet 2008 "Comme le disait un célèbre patron "dépeceur" d'entreprises à rentabiliser : "l'entreprise appartient à ceux qui investissent dedans, pas aux employés, pas aux fournisseurs, et pas à la localité où elle est située". Cet homme, responsable du licenciement de dizaine de milliers de personnes, rappelait la vraie hiérarchie, et désignait, de fait, le propriétaire comme seul véritable citoyen libre." Denis Duclos - Une nouvelle caste planétaire - in Manière de voir n°99, Juin-Juillet 2008 "Il est temps de dire que la laïcité ne peut être cantonnée à un mode d'organisation sociale. Elle est porteuse d'un idéal, celui de l'individu - citoyen qui sait qu'il n'y a de savoir-vivre collectif que dans la confrontation librement débattue de convictions individuelles. Celui, également, de la durée assumée au travers de l'affirmation d'une aptitude permanente à tirer des leçons de l'histoire les éléments de construction d'un présent acceptable et d'un futur qui conserve sa place au rêve." Jean-Michel Ducomte - La laïcité |