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"Tourpilles", le recueil de citations


Europe



"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer (et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a "civilisé" l'économie de marché, tout en continuant grandement à son inefficacité). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire (déjà très avancée) et d'une Europe militaire (conséquence probable de l'intervention au Kosovo), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Contre-feux 2, 2001

"Seule une utopie rationnelle comme celle qui proposerait l'espérance d'une vraie Europe sociale pourrait assurer aux syndicats la vaste base militante qui leur fait défaut et qui les encouragerait ou les obligerait à s'arracher aux intérêts corporatifs à court terme, issus notamment de la concurrence pour le meilleur positionnement sur le marché des services et de bénéfices sociaux."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Contre-feux 2, 2001

"La réaction étonnée de M. Louis Schweitzer, alors président-directeur général de Renault, au tollé provoqué par la brutalité des fermetures d'usines en Europe au nom d'une baisse de rentabilité (les marchés ont réagi à la liquidation du site de Vilvorde par une augmentation de 12% des actions de Renault est significative de l'auto-intoxication des cercles de direction. Considérant comme acquise, indiscutable, "rationnelle et réelle", une course à la dérégulation poussée plus loin qu'aux Etats-Unis, les grands patrons s'enferment dans une muraille de conscience pure et réussissent (pour combien de temps ? à faire partager leur conviction à ceux de leurs subordonnées les moins en danger de licenciement ou de précarisation."
Denis Duclos - Une nouvelle caste planétaire - in Manière de voir n°99, Juin-Juillet 2008

"Souvenons-nous qu'à l'époque du président républicain Eisenhower, dans les années 1950, la tranche la plus élevée des revenus était taxée à 90% [aux Etats-Unis]. En 2009, le taux d'imposition le plus haut, qui s'applique aux revenus de plus de 372 950 dollars, est de 35%. Les Etats membres de l'Union européenne sont déjà engagés dans une sorte de "course au moins-disant fiscal", pour les particuliers, comme pour les entreprises, et les traités rendent l'harmonisation vers le haut pratiquement impossible. Ces baisses considérables sont l'une des nombreuses victoires néolibérales."
Susan George - Leurs crises, nos solutions - 2010, Page 39

"Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes [sociales de la Résistance] alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. Les banques désormais privatisées se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l'intérêt général."
Stéphane Hessel - né en 1917 - Indignez-vous ! - 2010, page 11

"Et de l'union des libertés dans la fraternité des peuples naîtra la sympathie des âmes, germe de cet immense avenir où commencera pour le genre humain la vie universelle et que l'on appellera la paix de l'Europe."
Victor Hugo - 1802-1885 - Choses vues

"Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité.
Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie."

Victor Hugo - 1802-1885 - Choses vues

"Aller de Paris à Dakar est certainement une aventure humaine merveilleuse, à condition de parcourir le trajet le plus lentement possible. Qu'apporte la vitesse, sinon la possibilité infantile d'établir un classement à l'arrivée ? Devenu une course, le Paris-Dakar n'est plus qu'un jeu stupide, dangereux, que gagne le plus capable de dépenser, et qui manifeste avec une morgue insupportable le mépris des Européens repus pour les Africains qui crèvent de faim. Une fois de plus l'économisme a tout perverti."
Albert Jacquard - né en 1925 - J'accuse l'économie triomphante - 1995

"Les comptes de résultats de Vivendi Environnement (rebaptisé Veolia), Suez-Lyonnaise des eaux, Thames Water et Aqua Mundo préoccupent apparemment plus la Commission européenne que l'accès gratuit à l'eau des habitants de soixante-douze pays parmi lesquels les plus pauvres de la planète."
Raoul Marc Jennar et Laurence Kalafatides - L'AGCS : Quand les Etats abdiquent face aux multinationales - 2007 - Page 92

"Le printemps, l'été, l'automne et l'hiver sont des saisons aujourd'hui obsolètes. Vive les saisons sportives. Nous comblerons les creux de la vague d'un réjouissant scrutin électoral, d'une élection de miss, d'un radio-crochet européen ou de galas humanitaires qui lâchent la bonde à l'émotion trop longtemps contenue. Ainsi, nous anesthésierons les citoyens, qui hurleront leur soutien populaire dans des stades ou devant leur poste plutôt que de s'interroger sur des sujets qui ne leur appartient pas de prendre en charge."
Michel Piquemal - Le Prophète du libéralisme [satire] - Page 82 - 2005

"Les banques coopératives européennes constituent dans les périodes de turbulences et d'insécurité que traversent actuellement les marchés financiers un havre de sécurité !"
Christopher Pleister - cité dans "Une autre façon d'entreprendre. Entretiens coopératifs" - 2010 - Page 39
"Dans cette remise en cause généralisée, ce qui s'affirme est un modèle particulier, un modèle libéral, qui vise à revenir aux fondamentaux du capitalisme originel en faisant de la force de travail une marchandise vraiment parmi d'autres. C'est lui désormais qui s'installe en Europe.
Ce qui le caractérise, c'est moins la flexibilité qu'il requiert - c'est-à-dire sa capacité à ne prendre de la force de travail que ce dont il a besoin - que la précarité qu'il engendre. En détruisant les protections collectives établies, il ne veut connaître que des individus, pour d'ailleurs mieux les laisser, autonomes qu'ils sont supposés être, seuls et nus face à l'insécurité économique."

Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 174 - 2007

"Polarisée sur les conditions de la concurrence en son sein, l'Union [européenne] a mené une politique d'ouverture très large de ses frontières, qui l'a conduite à admettre sur son territoire des biens et des services produits dans des circonstances qu'elle n'accepterait pas chez elle. Plutôt que d'en demeurer à cette seule recherche du plus bas prix possible de vente à l'extérieur, il lui serait loisible d'établir des règles sociales applicables chez les fournisseurs de l'Union. Il est pour le moins paradoxal que des normes minimales techniques soient imposées aux produits importés afin de protéger les consommateurs, alors qu'aucune règle sociale minimale ne l'est."
Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 180 - 2007

"Ceux qui cherchent à imposer leurs vérités, comme dans bien des textes européens, sans aucunement se soucier des réactions qu'elles entraînent ou entraîneront, portent à la démocratie des coups sévères."
Anne-Cécile Robert - Manière de voir, Le Monde Diplomatique, octobre - novembre 2005

"Les institutions européennes sont devenues pour les Etats un "airbag" face aux demandes sociales exponentielles des nations. Les politiques monétaires et budgétaires de Bruxelles font office de pilote automatique de remise en cause des différents compromis sociaux nationaux. Externalisé hors de la nation vers l'Europe, l'intérêt général, qui réifiait de façon dynamique les compromis entre classes, éloigne l'Etat des contraintes et responsabilités antérieures d'assumer les principes et les faits, les fins et les moyens, le souhaitable et le possible."
Stéphane Rozès - Nouvelles luttes de classes - 2006, page 71

"Les citoyens attendaient de l'Europe le prolongement et le renforcement des valeurs et compromis sociaux de leurs nations. Mais les institutions européennes se révèlent être leur contournement politique et leur remise en cause."
Stéphane Rozès - Nouvelles luttes de classes - 2006, page 72

"Depuis 1625, à Saint-Christophe, depuis 1635 à la Guadeloupe et à la Martinique, jusqu'en 1738, c'est-à-dire un siècle durant, ce sont des blancs, et des blancs d'Europe qui exploitent ces terres plus redoutées que redoutables.
Mais si les Européens étaient propres à la culture des colonies, pourquoi songea-t-on à y employer des nègres ? C'est que la soif de l'or est insatiable, barbare, impitoyable, et qu'après avoir épuisé la race rouge [les Indiens] dans des travaux excessifs, ont voulut avoir d'autres instruments dont les maîtres pussent disposer sans que personne s'intéressât à eux, sans que l'Europe, en se voyant dévorer ses propres enfants, demandât compte de ce qui se passait aux îles."

Victor Schoelcher - 1804-1893 - Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage, 1842

"L'Europe oui, mais pas celle-là"
Slogan / Parti communiste pour le référendum sur le TCE



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