La Toupie  >  Citations > par thèmes   >  Foule

"Tourpilles", le recueil de citations


Foule



"L'humanisme a pour fin la liberté dans le sens plein du mot, laquelle dépend avant tout d'un jugement hardi contre les apparences et prestiges. Et l'humanisme s'accorde au socialisme, autant que l'extrême inégalité des biens entraîne l'ignorance et l'abrutissement des pauvres, et par là fortifie les pouvoirs. Mais il dépasse le socialisme lorsqu'il décide que la justice dans les choses n'assure aucune liberté réelle du jugement ni aucune puissance contre les entraînements humains mais au contraire tend à découronner l'homme par la prépondérance accordée aux conditions inférieures du bien-être, ce qui engendre l'ennui socialiste, suprême espoir de l'ambitieux. L'humanisme vise donc toujours à augmenter la puissance réelle en chacun, par la culture la plus étendue, scientifique, esthétique, morale. Et l'humaniste ne connaît de précieux au monde que la culture humaine, par les oeuvres éminentes de tous les temps, en tous, d'après cette idée que la participation réelle à l'humanité l'emporte de loin sur ce qu'on peut attendre des aptitudes de chacun développées seulement au contact des choses et des hommes selon l'empirisme pur. Ici apparaît un genre d'égalité qui vit de respect, et s'accorde avec toutes les différences possibles, sans aucune idolâtrie à l'égard de ce qui est nombre, collection ou troupeau. Individualisme, donc, mais corrigé par cette idée que l'individu reste animal sous la forme humaine sans le culte des grands morts. La force de l'humanisme est dans cette foule immortelle."
Emile Chartier, dit Alain - 1868-1951 - Mars ou la guerre jugée - 1921

"Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d'anciens besoins ne déterminent l'humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s'accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Aujourd'hui, c'est une ruée."
Henri Bergson - 1850-1941 - Les deux sources de la morale et de la religion - 1932

"J'ai écrit un jour ou l'autre, il y a longtemps, qu'il n'y a pas de bon pouvoir. Le pouvoir est le pouvoir, il fait de toi ce qu'il veut, dès que tu crois l'avoir conquis. Quelles qu'aient été tes intentions, ton idéal, tu es prisonnier de la férocité des factions et de la connerie de la foule."
François Cavanna - né en 1923 - La belle fille sur le tas d'ordures - 1991

"Cette solidarité va de pair avec une aide au développement qui ne résoudra rien par le miracle des seules lois du marché mais aura peut-être un effet avec un énorme investissement dans l'éducation, seul antidote à la prise en main par des intégristes religieux ou politiques transmettant leurs transes à des foules assommées par la misère et abruties par l'ignorance."
Georges Charpak et Henri Broch - né en 1924 - Devenez sorciers devenez savants

"Une vie libre ne peut acquérir des biens nombreux, parce que la chose n'est pas facile sans se faire le serviteur de la foule ou de maîtres ; mais elle a acquis tout ce qu'elle a par une prodigalité continue ; et si jamais elle obtient des biens nombreux, il lui sera facile de les dispenser pour gagner la bienveillance du proche."
Epicure - 341-270 avant notre ère - Sentences vaticanes

"Les six millions de voix refroidirent Pécuchet à l'encontre du Peuple, et Bouvard et lui étudièrent la question du suffrage universel.
Appartenant à tout le monde, il ne peut avoir d'intelligence. Un ambitieux le mènera toujours, les autres obéiront comme un troupeau, les électeurs n'étant pas même contraints de savoir lire : c'est pourquoi, suivant Pécuchet, il y avait eu tant de fraudes dans l'élection présidentielle.
- Aucune, reprit Bouvard ; je crois plutôt à la sottise du Peuple. Pense à tous ceux qui achètent la Revalescière, la pommade Dupuytren, l'eau des châtelaines, etc. Ces nigauds forment la masse électorale, et nous subissons leur volonté. Pourquoi ne peut-on se faire, avec des lapins, trois mille livres de rente ? C'est qu'une agglomération trop nombreuse est une cause de mort. De même, par le fait seul de la foule, les germes de bêtise qu'elle contient se développent et il en résulte des effets incalculables.
- Ton scepticisme m'épouvante !" dit Pécuchet."

Gustave Flaubert - 1821-1880 - Bouvard et Pécuchet

"La publicité [...], pour arriver à ses fins, doit décerveler les citoyens. Ceux-ci ne sont plus que des consommateurs qu'il faut manipuler, transformer en foule docile, à qui l'on veut faire prendre des vessies pour des lanternes. Cet objectif est naïvement avoué par l'usage d'une expression dont le cynisme éhonté n'est plus perçu tant elle est utilisée : "améliorer l'image de marque". Il ne s'agit plus d'améliorer la réalité des produits offerts par une grande entreprise sous une marque commune, mais la perception floue qu'en ont les acheteurs."
Albert Jacquard - né en 1925 - J'accuse l'économie triomphante - 1995

"Connaître l'art d'impressionner l'imagination des foules c'est connaître l'art de les gouverner."
Gustave Le Bon - 1841-1931 - Psychologie des foules - 1895

"On ne discute pas plus avec les croyances qu'avec les cyclones."
Gustave Le Bon - 1841-1931 - Psychologie des foules - 1895

"Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite."
Gustave Le Bon - 1841-1931 - Hier et demain

"Je n'accuse pas la Ve République d'être un régime policier parce qu'elle entretient des nuées de policiers, mais parce que son origine, ses mœurs, ses ambitions, son système politique, la condamnent à contrôler par des moyens qui lui sont propres les rouages chaque l'État, chaque cellule du pays. [...] Son vrai Premier ministre, c'est la police. [...] Elle [la population] sait d'expérience que non seulement la police écoute au téléphone, lit le courrier, tend ses filets, organise ses guet-apens, mais aussi qu'elle cogne et qu'elle tire. Les rafales de mitrailleuses sur la foule d'Alger, les matraquages sanglants du boulevard Saint-Marcel en octobre 1961, les huit morts du 6 février 1962, à Paris, ne résultent pas du hasard mais de la tactique réfléchie d'un pouvoir qui pour gagner l'initiative force toujours l'événement."
François Mitterrand - 1916–1996 - Le coup d'Etat permanent - 1964

"Les gens riches ou célèbres et les médias dépensent beaucoup d'efforts pour persuader les foules de l'excellence de leur état et de la médiocrité des anonymes, bien qu'ils soient très avertis, et pour cause, de toutes les conséquences indésirables de leur situation qui en fait in fine une position rien moins que désirable."
Anonyme - Eloge de la pauvreté et de l'anonymat - 2006, page 9



Accueil     Citations     Haut de page