"Tourpilles", le recueil de citationsIntellectuel"On dit que la plupart des hommes tombent en quelque sorte à genoux sur la seule mention de l'argent. Je n'ai vu rien de tel. Je vois bien que les hommes ont besoin d'argent et s'occupent premièrement à en gagner ; cela veut dire seulement que l'homme mange au moins deux fois par jour, et choses semblables. Mais un homme qui ne pense qu'à manger et à gagner, cela est rare ; c'est une sorte de monstre. Et pareillement, celui qui ne pense qu'à étendre ses affaires, et à ajouter des millions à des millions est une sorte de monstre. Quant aux opérations intellectuelles que suppose cette manie d'acquérir, elles sont tellement communes et faciles que personne ne les jugera au-dessus de soi. Où donc courent les hommes dès qu'ils sont assurés de leur pâtée ? Ils courent au stade, et ils acclament un homme fort, un homme agile, un homme courageux ; ce sont des valeurs qui ne s'achètent point, des valeurs estimées bien plus haut que l'argent. Ou bien ils vont au concert, et crient de tout leur coeur et casseraient les banquettes en l'honneur de quelque artiste ; et certes ils savent que le plus riche des hommes ne peut s'offrir cette gloire. Quant aux puissances de pur esprit, nul ne les méconnaît ; nul ne les mesure aux millions. Personne ne demande si Einstein est bien riche." Emile Chartier, dit Alain - 1868-1951 - Propos, 2 janvier 1932 "Il faudrait analyser le travail collectif des "nouveaux intellectuels" qui a créé un climat favorable au retrait de l'État et, plus largement, à la soumission aux valeurs de l'économie. Je pense à ce que l'on a appelé "le retour de l'individualisme", sorte de prophétie auto-réalisante qui tend à détruire les fondements philosophiques du welfare state et en particulier la notion de responsabilité collective (dans l'accident de travail, la maladie ou la misère, cette conquête fondamentale de la pensée sociale (et sociologique. Le retour à l'individu, c'est aussi ce qui permet de "blâmer la victime", seule responsable de son malheur, et de lui prêcher la self help, tout cela sous le couvert de la nécessité inlassablement répétée de diminuer les charges de l'entreprise." Pierre Bourdieu - 1930-2002 - 1998 "Lorsque le militantisme diminue, la classe des gardiens de l'ordre établi, qui ne faiblissent jamais dans leur tâche, reprend le pouvoir. Pendant que les intellectuels de gauche discutent entre eux en termes compliqués, on enterre des vérités qui avaient été autrefois comprises, l'Histoire est transformée en instrument du pouvoir et on prépare le terrain pour les entreprises à venir." Noam Chomsky - né en 1928 - L'An 501, la conquête continue - Page 362 - 1993 "C'est la responsabilité des intellectuels de dire la vérité et de dévoiler les mensonges." Noam Chomsky - né en 1928 "Le libre examen ne se réclame pas de vérités définitives; il se préoccupe du renouvellement méthodique des idées et répugne à leur conservation obligatoire. On a dit que cette attitude d'esprit est trop sceptique et critique, qu'elle sème l'inquiétude et le désordre et mène à détruire sans reconstruire; qu'elle laisse les jeunes surtout, sans idéal positif, voire sans refuge spirituel. Ce reproche est injuste, car au delà de toute idée particulière, révélant telle ou telle prétendue loi du monde, le libre examen propose une méthode efficace, un style de la pensée, qui écarte la solution facile de l'engagement doctrinal, en lui substituant une discipline intellectuelle et morale, où la maîtrise de soi et l'objectivité jouent un rôle majeur. Le libre examen prépare à une action éclairée par la réflexion scrupuleuse et méthodique sur les fins et les moyens." Maxime Glansdorff - 1906-1972 - Professeur à l'Université Libre de Bruxelles "Prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne, comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint le courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté, mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler." Stéphane Hessel - né en 1917 - Indignez-vous ! - 2010, page 11 "Puisque l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, ceux-ci doivent comprendre avant de juger et juger avant d'agir. Leur maturité morale et intellectuelle est une condition indispensable de l'avènement du socialisme." Lucien Laurat - 1898-1973 - Préface à Karl Kautsky, Les trois sources du marxisme, Spartacus - 1977 "Nous ne voulons blesser aucune conscience, mais nous voulons allumer tous les flambeaux ; tant pis pour ce qui se plaît à la nuit et au sommeil ! Le temps des dogmes et des infaillibilités est passé, il n'y a plus aujourd'hui que des faits scientifiques et des opinions (.) L'unité des esprits doit naître désormais d'un libre, universel et incessant examen, et non d'une autorité intellectuelle." Pierre Larousse - 1817-1875 - Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle - Préface "Longtemps présentée comme un modèle de débats de société, l'émission de télévision "La Marche du siècle", animée par Jean-Marie Cavada (France 3, 1987-1999 illustrait de la puissance de cette censure [sur les plateaux TV]. Sur un échantillon de 477 invités, Sébastien Rouquette [auteur de "Vie et mort des débats télévisés. 1958-2000"] a dénombré 0,2 % de représentants syndicaux. Parmi les invités en qualité de "professionnels" (conviés à parler de leur métier, Cavada ne s'est pas encombré des catégories populaires. Proportion d'ouvriers : 0,7%; proportion d'employés : 0,7%. En revanche, les cadres et professions intellectuelles supérieures comptent pour 74,6% des invités !" Henri Maler et Mathias Reymond - Médias et mobilisations sociales - page 79 - 2007 "La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter." Louise Michel - 1830-1905 - Mémoires - 1886 "Les révolutions seules savent détruire les institutions depuis longtemps condamnées. En temps de calme, on ne peut se résoudre à frapper, lors même que ce qu'on frappe n'a plus de raison d'être. Ceux qui croient que la rénovation qui avait été nécessitée par tout le travail intellectuel du XVIIIe siècle eût pu se faire pacifiquement se trompent. On eût cherché à pactiser, on se fût arrêté à mille considérations personnelles, qui en temps de calme sont fort prisées ; on n'eût osé détruire franchement ni les privilèges, ni les ordres religieux, ni tant d'autres abus. La tempête s'en charge. Le pouvoir temporel des papes est assurément périmé. Eh bien ! tout le monde en serait persuadé qu'on ne se déciderait point encore à balayer cette ruine. Il faudrait attendre pour cela le prochain tremblement de terre. Rien ne se fait par le calme : on n'ose qu'en révolution." Ernest Renan - 1823-1892 - L'Avenir de la science, Pensées de 1848 - 1890 "Totalitarisme : racisme intellectuel. Lignée pure de la pensée, avec tous les inconvénients de l'homogénéité génétique." Jean Rostand - 1894-1977 - Carnet d'un biologiste "L'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain." Stendhal - 1783-1842 - Tant qu'il y aura des femmes "Si Sarkozy existe en tant que phénomène sociale et historique, malgré sa vacuité, sa violence et sa vulgarité, nous devons admettre que l'homme n'est pas parvenu à atteindre le sommet de l'Etat malgré ses déficiences intellectuelles et morales, mais grâce à elles. C'est sa négativité qui a séduit. Respect des forts, mépris des faibles, amour de l'argent, désir d'inégalité, besoin d'agression, désignation de boucs émissaires dans les banlieues, dans les pays musulmans ou en Afrique noire, vertige narcissique, mise en scène publique de la, vie affective et, implicitement, sexuelle : toutes ces dérives travaillent l'ensemble de la société française ; elles ne représentent pas la totalité de la vie sociale mais sa face noire, elle manifeste son état de crise et d'angoisse." Emmanuel Todd - Après la démocratie - 2008, page 16 |