"Tourpilles", le recueil de citationsLoisir"Le temps découpable, abstrait, chronométré, devient ainsi homogène au système de la valeur d'échange : il y rentre au même titre que n'importe quel objet. Objet de calcul temporel, il peut et doit s'échanger contre n'importe quelle autre marchandise (l'argent en particulier). D'ailleurs, la notion de temps/objet a valeur réversible : tout comme le temps est objet, ainsi tous les objets produits peuvent être considérés comme du temps cristallisé - non seulement du temps de travail dans le calcul de leur valeur marchande, mais aussi du temps de loisir, dans la mesure où les objets techniques "économisent" du temps à ceux qui s'en servent, et se paient en fonction de cela. La machine à laver, c'est du temps libre pour la ménagère, du temps libre virtuel transformé en objet pour pouvoir être vendu ou acheté (temps libre qu'elle mettra à profit pour regarder la T.V. et la publicité qu'on y fera pour d'autres machines à laver !)." Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 242 "Pas plus que la consommation dont il participe totalement, le loisir n'est une praxis de satisfaction. Du moins il ne l'est qu'en apparence. En fait, l'obsession du bronzage, cette mobilité effarée au fil de laquelle les touristes "font" l'Italie, l'Espagne et les musées, cette gymnastique et cette nudité de rigueur sous un soleil obligatoire, et surtout ce sourire et cette joie de vivre sans défaillance, tout témoigne d'une assignation totale au principe de devoir, de sacrifice et d'ascèse. C'est la "fun-morality" dont parle Riesman, cette dimension proprement éthique du salut dans le loisir et le plaisir, dont nul désormais ne peut se dispenser - sauf à trouver son salut dans d'autres critères d'accomplissement." Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 246 "Le temps libre, c'est peut-être toute l'activité ludique dont on le remplit, mais c'est d'abord la liberté de perdre son temps, de le "tuer" éventuellement, de le dépenser en pure perte. (C'est pourquoi dire que le loisir est "aliéné" parce qu'il n'est que le temps nécessaire à la reconstitution de la force de travail est insuffisant. L'"aliénation" du loisir est plus profonde : elle ne tient pas à sa subordination directe au temps de travail, elle est liée à l'impossibilité même de perdre son temps.)" Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 243 "Pas plus que la consommation dont il participe totalement, le loisir n'est une praxis de satisfaction. Du moins il ne l'est qu'en apparence. En fait, l'obsession du bronzage, cette mobilité effarée au fil de laquelle les touristes "font" l'Italie, l'Espagne et les musées, cette gymnastique et cette nudité de rigueur sous un soleil obligatoire, et surtout ce sourire et cette joie de vivre sans défaillance, tout témoigne d'une assignation totale au principe de devoir, de sacrifice et d'ascèse. C'est la "fun-morality" dont parle Riesman, cette dimension proprement éthique du salut dans le loisir et le plaisir, dont nul désormais ne peut se dispenser - sauf à trouver son salut dans d'autres critères d'accomplissement." Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 246 "L'idéologie dominante a tout intérêt à utiliser, à son profit, les abcès de fixations et de contrôle de l'imaginaire collectif que sont la télévision, les drogues, la pornographie industrielle, tout comme les vacances et les loisirs consuméristes en général. Pour elle, rien ne serait plus dangereux que leur disparition. Or, c'est justement cette disparition que supposerait une civilisation de décroissance soutenable et conviviale." Jean-Claude Besson-Girard - Decrescendo cantabile, 2005, page 157 "La première condition du bonheur est que l'homme puisse trouver joie au travail. Il n'y a vraie joie dans le repos, le loisir, que si le travail joyeux le précède. Le travail le plus pénible peut-être accompagné de joie dès que le travailleur sait pouvoir goûter le fruit de sa peine. La malédiction commence avec l'exploitation de ce travail par un autrui mystérieux qui ne connaît du travailleur que son "rendement"." André Gide - 1869-1951 - Journal 1889-1939, 4 août 1936 |