"Tourpilles", le recueil de citationsOpinionPage 1 / 3"Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes, que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen, même avisé et énergique quand il n'a à conduire que son propre destin, en vient naturellement et par une espèce de sagesse à rechercher quelle est l'opinion dominante au sujet des affaires publiques. "Car, se dit-il, comme je n'ai ni la prétention ni le pouvoir de gouverner à moi tout seul, il faut que je m'attende à être conduit ; à faire ce qu'on fera, à penser ce qu'on pensera." Remarquez que tous raisonnent de même, et de bonne foi. Chacun a bien peut-être une opinion ; mais c'est à peine s'il se la formule à lui-même ; il rougit à la seule pensée qu'il pourrait être seul de son avis. Le voilà donc qui honnêtement écoute les orateurs, lit les journaux, enfin se met à la recherche de cet être fantastique que l'on appelle l'opinion publique. "La question n'est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si le pays veut ou non faire la guerre." Il interroge donc le pays. Et tous les citoyens interrogent le pays au lieu de s'interroger eux-mêmes." Emile Chartier, dit Alain - 1868-1951 - Mars ou la guerre jugée - Les Passions et la Sagesse - 1921 "Les consommateurs sont, en tant que tels, inconscients et inorganisés, comme pouvaient l'être les ouvriers du début du XIXe siècle. C'est à ce titre qu'ils sont partout exaltés, flattés, chantés par les bons apôtres comme l'"Opinion Publique", réalité mystique, providentielle et "souveraine". Comme le Peuple est exalté par la Démocratie pourvu qu'il y reste (c'est-à-dire n'intervienne pas sur la scène politique et sociale), ainsi on reconnaît aux consommateurs la souveraineté ("Powerfull consumer", selon Katona), pourvu qu'ils ne cherchent pas à jouer comme tels sur la scène sociale. Le Peuple, ce sont les travailleurs, pourvus qu'ils soient inorganisés. Le Public, l'Opinion Publique, ce sont les consommateurs, pourvu qu'ils se contentent de consommer." Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 122 "On peut et on doit lutter contre l'audimat au nom de la démocratie. Ça paraît presque paradoxal parce que les gens qui défendent l'audimat prétendent qu'il n'y a rien de plus démocratique (c'est l'argument favori des annonceurs et des publicitaires les plus cyniques, relayés par certains sociologues, sans parler des essayistes aux idées courtes, qui identifient la critique des sondages - de l'audimat - à la critique du suffrage universel, qu'il faut laisser aux gens la liberté de juger, de choisir ("ce sont vos préjugés d'intellectuels qui vous portent à considérer tout ça comme méprisables". L'audimat, c'est la sanction du marché, de l'économie, c'est-à-dire d'une légalité externe et purement commerciale, et la soumission aux exigences de cet instrument de marketing est l'exact équivalent en matière de culture de ce qu'est la démagogie orientée par les sondages d'opinion en matière de politique. La télévision régie par l'audimat contribue à faire peser sur le consommateur supposé libre et éclairé les contraintes du marché, qui n'ont rien de l'expression démocratique d'une opinion collective éclairée, rationnelle, d'une raison publique, comme veulent le faire croire les démagogues cyniques." Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Sur la télévision - 1996, page 77 "Deux cent familles sont maîtresses de l'économie française et, en fait de la politique française. Ce sont des forces qu'un Etat démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n'eût pas toléré dans le royaume de France. L'influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l'opinion publique, car elles contrôlent la presse." Edouard Daladier - 1884-1970 - Congrès du Parti Radical-Socialiste, 28 octobre 1934 "En ne retenant volontairement que les hypothèses les plus optimistes dans les prévisions économiques des différents instituts de conjoncture, en détournant le sens de certaines statistiques pour accréditer l'efficacité de leur politique, en se bricolant des indicateurs spécifiques avec l'espoir qu'ils renverront une image flatteuse de la situation à l'opinion, nos gouvernants ont multiplié les occasions d'être cruellement contredit par la réalité." Lorraine Data - Le grand trucage - 2009, page 165 "La manipulation des statistiques vire rapidement à la méthode Coué et l'opinion publique pourrait bien finir par se demander si, la politique du bla-bla ayant succédé à celle du bling-bling, nos gouvernants n'en sont pas réduits aujourd'hui à faire l'autruche, en se cachant la tête dans le sable pour fuir une réalité sur laquelle leur emprise est très limitée." Lorraine Data - Le grand trucage - 2009, page 166 "Dans leur volonté de "forger l'opinion", nos responsables politiques se croient en effet obligés de répondre par une intervention médiatique à chaque fait divers qui suscite l'émotion populaire. Dans un accord presque parfait avec les grands médias (pour qui c'est sans doute de l'audimat assuré), ils prennent position sur tout et n'hésitent pas à crédibiliser leurs interventions et les mesures qu'ils sont amenés à proposer avec une surenchère de chiffres, utilisés le plus souvent hors du contexte dans lequel ils ont été produits." Lorraine Data - Le grand trucage - 2009, page 174 "Toutes les opinions intéressées me sont suspectes. J'aime pouvoir penser librement et commence à craindre d'être refait dès qu'il me revient quelque avantage de l'opinion que je professe. C'est comme si j'acceptais un pot-de-vin." André Gide - 1869-1951 - Journal 1889-1939 - 6 juin 1933 "Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d'opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger "comme il faut"." André Gide - 1869-1951 - Journal 1939-1949, 18 octobre 1944 |