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"Tourpilles", le recueil de citations


Pouvoir

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"La tentation d'être un chef juste et humain est naturelle dans un homme instruit ; mais il faut savoir que le pouvoir change profondément celui qui l'exerce ; et cela ne tient pas seulement à une contagion de société ; la raison en est dans les nécessités du commandement, qui sont inflexibles. C'est pour cette raison qu'un député doit se garder d'être ministre, et qu'un ouvrier doit se garder d'être délégué au conseil des patrons, ou chef de syndicat.
[...]
Les boursiers, aujourd'hui, renient promptement le peuple d'où ils sortent. Cette trahison se colore de grands mots. Aimer son pays c'est toujours, selon l'opinion régnante, aimer la gloire, la richesse et le pouvoir. Cette vertu est un peu trop facile. Choisir le métier de chef, c'est un choix de bien-être."

Emile Chartier, dit Alain - 1868-1951 - Souvenirs de guerre - Les Passions et la Sagesse

"Cette élection présidentielle pourrait bien être le triomphe absolu du bonapartisme, cette culture politique dont la France ne parvient décidément pas à se défaire. Nicolas Sarkozy en est l'incarnation à lui seul. Il résume jusqu'à la caricature la modernisation de cette "société du 10 décembre" qui fit le succès, en 1848, de Napoléon le Petit : déjà à l'époque, elle ajoutait de la violence symbolique et privée au monopole étatique de la force. Mais la postérité du bonapartisme va bien au-delà des personnes. Elle s'est forgée dans et par les institutions ; pas tant dans l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel direct que dans la concentration exceptionnelle de tous les pouvoirs en ses mains. De ce point de vue, l'histoire de la Ve République restera celle d'une accumulation progressive de puissance d'une seule autorité au prix de la dévitalisation des moindres contre-pouvoirs. Même celui que les journalistes avaient construit est en train de produire par connivence ou servitude volontaire une nouvelle oligarchie."
Paul Allies, professeur de sciences politiques à l'université de Montpellier, article "Le triomphe du bonapartisme", journal Libération du 7 mai 2007

"Personne ne peut nier que l'U.R.S.S. vit sous le régime politique du parti officiel unique, que ce parti qui rejette les tendances soit dans son sein aussi totalitaire que le régime auquel il préside et que, finalement, la totalité des pouvoirs effectifs se trouve concentrée en Russie entre les mains d'un seul homme. En face d'une pareille centralisation du pouvoir, la contrepartie d'un contrôle démocratique n'existe pas, car on ne saurait donner ce nom à un plébiscite périodique où l'opposition est absente. C'est un pareil état qui dispose de la totalité du pouvoir économique en même temps que du pouvoir politique. Est-ce là le socialisme ?"
André Ariat - Le régime soviétique est-il socialiste ? in Masses. Socialisme et liberté - 15 mars 1946

"La question du pouvoir d'achat ne s'est pas imposée par hasard dans le débat public. Ce mot-poison empêche de remettre en cause la consommation et enferme les luttes sociales dans la revendication d'un toujours plus. La décroissance n'est pas se serrer la ceinture mais inventer un autre pouvoir."
Paul Ariès - Revue "La Décroissance", avril 2008

"Ministre. Personne qui agit avec un grand pouvoir et une faible responsabilité."
Ambrose Gwinett Bierce - 1842-1914 - Le Dictionnaire du Diable - 1906

"La liberté consiste, non pas seulement dans le droit accordé, mais dans le pouvoir donné à l'homme d'exercer, de développer ses facultés, sous l'empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi."
Louis Blanc - 1811-1882 - Organisation du travail

"Contrairement à l'idée répandue que la politique de "mondialisation" tend à favoriser leur dépérissement, les Etats continuent en fait à jouer un rôle déterminant au service de la politique qui les affaiblit. Il est remarquable que les politiques visant à déposséder les Etats au profit des marchés financiers ont été édictés par des Etats, et, qui plus est, des Etats gouvernés par des socialistes. Ce qui signifie que les Etats, et tout spécialement ceux qui sont gouvernés par des sociaux-démocrates, contribuent au triomphe du néo-libéralisme, non seulement en travaillant à la destruction de l'Etat social (c'est-à-dire notamment des droits de travailleurs et des femmes, mais aussi en cachant les pouvoirs qu'ils relaient."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Contre-feux 2, 2001

"La "civilisation" du jean, du coca-cola et du McDonald's a pour elle non seulement le pouvoir économique mais aussi le pouvoir symbolique qui s'exerce par l'intermédiaire d'une séduction à laquelle les victimes elles-mêmes contribuent. En faisant des enfants et des adolescents, surtout les plus dépourvus de systèmes de défense immunitaires spécifiques, les cibles privilégiées de leur politique commerciale, les grandes entreprises de production et de diffusion culturelle, et spécialement de cinéma, s'assurent, avec l'appui de la publicité et des médias, à la fois contraints et complices, une emprise extraordinaire, sans précédent, sur l'ensemble des sociétés contemporaines qui s'en trouvent comme infantilisées."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Contre-feux 2, 2001

"J'ai écrit un jour ou l'autre, il y a longtemps, qu'il n'y a pas de bon pouvoir. Le pouvoir est le pouvoir, il fait de toi ce qu'il veut, dès que tu crois l'avoir conquis. Quelles qu'aient été tes intentions, ton idéal, tu es prisonnier de la férocité des factions et de la connerie de la foule."
François Cavanna - né en 1923 - La belle fille sur le tas d'ordures - 1991

"On assiste ainsi à une mystification de la connaissance qui a pour résultat une conception du monde dont de nombreux éléments sont irrémédiablement hors du champ de compréhension - donc du contrôle - de la majorité des individus. Cette pensée ésotérique induit une stratification du monde - ceux qui ont des pouvoirs, savent et agissent tout haut et, loin en dessous, ceux qui s'étonnent, admirent et suivent sans comprendre - débouchant sur le fatalisme béat et la déresponsabilisation des individus."
Georges Charpak et Henri Broch - Devenez sorciers devenez savants

"Il n'est pas innocent que la publicité, porte-voix de l'idéologie néolibérale, nous enjoigne constamment de "positiver" et qu'elle désigne ses contradicteurs comme des "publiphobes". C'est le propre de tout système totalitaire de "psychiatriser" ses contradicteurs. La démocratie ne s'accommode pas de ce mode de fonctionnement. Elle a besoin du positif comme du négatif, du pouvoir et du contre-pouvoir."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 90


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