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"Tourpilles", le recueil de citations


Précarité



"La réaction étonnée de M. Louis Schweitzer, alors président-directeur général de Renault, au tollé provoqué par la brutalité des fermetures d'usines en Europe au nom d'une baisse de rentabilité (les marchés ont réagi à la liquidation du site de Vilvorde par une augmentation de 12% des actions de Renault est significative de l'auto-intoxication des cercles de direction. Considérant comme acquise, indiscutable, "rationnelle et réelle", une course à la dérégulation poussée plus loin qu'aux Etats-Unis, les grands patrons s'enferment dans une muraille de conscience pure et réussissent (pour combien de temps ? à faire partager leur conviction à ceux de leurs subordonnées les moins en danger de licenciement ou de précarisation."
Denis Duclos - Une nouvelle caste planétaire - in Manière de voir n°99, Juin-Juillet 2008

"Il est aujourd'hui clairement établi qu'un emploi créé en grande surface, le plus souvent précaire et à temps partiel non choisi, conduit à la destruction de cinq emplois stables et durables ailleurs."
Christian Jacquiau - Les coulisses de la Grande distribution - 2000

"Par temps calme, quand le journalisme reste silencieux ou se borne à recycler les chiffres du chômage fournis par le gouvernement, la condition de chômeurs n'existe pas, pas plus que celle des salariés précaires."
Henri Maler et Mathias Reymond - Médias et mobilisations sociales - page 77 - 2007

"La stratégie des marchés est triple : les "guerres régionales" et les "conflits internes" prolifèrent ; le capital poursuit un objectif d'accumulation atypique ; et de grandes masses de travailleurs sont mobilisées. Résultat : une grande roue de millions de migrants à travers la planète. "Etrangers" dans un monde "sans frontières", selon la promesse des vainqueurs de la guerre froide, ils souffrent de persécutions xénophobes, de la précarité de l'emploi, de la perte de leur identité culturelle, de la répression policière et de la faim, quand on ne les jette pas en prison ou qu'on ne les assassine."
Sous-commandant Marcos - Armée zapatiste - Le Monde Diplomatique, août 1997

"Dans cette nouvelle organisation capitaliste, le précariat devient structurel, et pour les patrons, il s'agit de lui faire supporter le risque de l'emploi, d'externaliser tout ce qui était protection sociale et garantie collective contre la perte d'emploi."
Evelyne Perrin - Intervention au Forum Social Européen de Londres, 24 octobre 2004

"Aujourd'hui, alors que le salariat est plus hégémonique que jamais parmi les actifs, et bien que les statuts précaires d'emploi soient encore minoritaire en termes de stocks, l'insécurité et l'instabilité de l'emploi se généralisent. Les CDD et les l'intérim deviennent la norme d'entrée sur le marché du travail, débouchant de plus en plus difficilement sur l'emploi stable. Parallèlement, la faiblesse et la division syndicales sont sans précédent et fragilisent la défense des travailleurs, tandis que la sous-traitance et la multiplication des très petites entreprises (système de franchise) font éclater les collectifs de travail et concourent à la désertification syndicale. C'est dans ce contexte que le patronat, notamment sous sa forme de multinationales, et les gouvernements de droite ou de gauche à orientation néo-libérale ou ultra-libérale ont déclanché une vaste offensive contre les salariés, en cassant et en remettant en cause une par une ses protections et garanties collectives : réformes des retraites, de la Sécurité sociale, de l'assurance chômage, workfare et casse du droit du travail."
Evelyne Perrin - Nouvelles luttes de classes - 2006, page 133

"L'efficacité de la répression dans les régimes prétendument démocratiques tient d'abord à l'usage limité et proportionnel qui en est fait : trop de répression, ou une répression trop brutale en regard des faits reprochables aux dissidents que nous sommes, délégitimerait un régime supposé au service de tous et garant des libertés de chacun. Pour ne pas avoir à employer trop souvent la répression, le régime se livre à un travail permanent de légitimation de ses institutions, y compris répressives, qui vise à dissuader a priori la dissidence active. Des logiques inhérentes à l'économie de marché y concourent déjà : la précarisation des travailleurs, qui ne laissent guère de temps pour réfléchir, l'incitation permanent à la consommation, qui alimente l'endettement des ménages et les contraint à penser d'abord aux échéances à rembourser avant la contestation."
Xavier Renou - Petit manuel de désobéissance civile, 2009, page 115

"La condition précaire n'est plus une réponse à des problèmes conjoncturels, mais un mode général de gestion de la main-d'oeuvre."
Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 91 - 2007

"Dans cette remise en cause généralisée, ce qui s'affirme est un modèle particulier, un modèle libéral, qui vise à revenir aux fondamentaux du capitalisme originel en faisant de la force de travail une marchandise vraiment parmi d'autres. C'est lui désormais qui s'installe en Europe.
Ce qui le caractérise, c'est moins la flexibilité qu'il requiert - c'est-à-dire sa capacité à ne prendre de la force de travail que ce dont il a besoin - que la précarité qu'il engendre. En détruisant les protections collectives établies, il ne veut connaître que des individus, pour d'ailleurs mieux les laisser, autonomes qu'ils sont supposés être, seuls et nus face à l'insécurité économique."

Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 174 - 2007

"La flexibilité externe pourrait être rendue plus coûteuse pour les entreprises, selon un principe bien connu lorsqu'il est appliqué à la pollution : "les précarisateurs" seront les payeurs. Les cotisations sociales des employeurs - chômage et retraite - doivent donc être modulées en fonction de la nature et de la durée du contrat de travail. La règle générale est simple : des cotisations directement proportionnelles à la précarité encourue et inversement proportionnelles à la sécurité procurée."
Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 184 - 2007

"Dans cette précarité où les difficultés du présent oblitèrent l'avenir, les qualités propres des personnes sont ignorées, déniées, bafouées. La détermination sociale y prévaut et apparaît dans toute sa cruauté. Pour ceux-là qui s'y trouvent enfermés, les illusions de réussite individuelle perdues, ne restent plus que des destins de classe."
Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 193 - 2007


>>> Définition : Précarité


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