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"Tourpilles", le recueil de citations


Sondage

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"Résumant brièvement, nous dirons que le problème fondamental du capitalisme contemporain n'est plus la contradiction entre "maximisation du profit" et "rationalisation de la production" (au niveau de l'entrepreneur), mais entre une productivité virtuellement illimitée (au niveau de la technostructure) et la nécessité d'écouler les produits. Il devient vital pour le système dans cette phase de contrôler non seulement l'appareil de production, mais la demande de consommation, non seulement les prix, mais ce qui sera demandé à ce prix. L'effet général est soit par les moyens antérieurs à l'acte même de production (sondages, études de marché), soit postérieurs (publicité, marketing, conditionnement) d'"enlever à l'acheteur - chez qui il échappe à tout contrôle - le pouvoir de décision pour le transférer à l'entreprise, où il peut être manipulé"."
Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 97

"Un des effets principaux que produisent les sondages, c'est d'imposer aux gens des questions idiotes ou des questions qui n'intéressent que ceux qui les posent. Comme les gens sont polis, en général, ils répondent. Par le fait de poser certaines questions naïves, on produit des réponses artificielles, on produit des artéfacts... Même quand les gens répondent, cela peut n'avoir aucun sens, car n'importe qui peut dire oui ou non, même à des questions qu'il ne comprend pas ou qu'il ne se pose pas."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Antenne 2 - 16 janvier 1986

"On dit toujours, au nom du credo libéral, que le monopole uniformise et que la concurrence diversifie. Je n'ai rien, évidemment contre la concurrence, mais j'observe seulement que, lorsqu'elle s'exerce entre des journalistes ou des journaux qui sont soumis aux mêmes contraintes, aux mêmes sondages, aux mêmes annonceurs (il suffit de voir avec quelle facilité les journalistes passent d'un journal à l'autre, elle homogénéise."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Sur la télévision - 1996, page 23

"On peut et on doit lutter contre l'audimat au nom de la démocratie. Ça paraît presque paradoxal parce que les gens qui défendent l'audimat prétendent qu'il n'y a rien de plus démocratique (c'est l'argument favori des annonceurs et des publicitaires les plus cyniques, relayés par certains sociologues, sans parler des essayistes aux idées courtes, qui identifient la critique des sondages - de l'audimat - à la critique du suffrage universel, qu'il faut laisser aux gens la liberté de juger, de choisir ("ce sont vos préjugés d'intellectuels qui vous portent à considérer tout ça comme méprisables". L'audimat, c'est la sanction du marché, de l'économie, c'est-à-dire d'une légalité externe et purement commerciale, et la soumission aux exigences de cet instrument de marketing est l'exact équivalent en matière de culture de ce qu'est la démagogie orientée par les sondages d'opinion en matière de politique. La télévision régie par l'audimat contribue à faire peser sur le consommateur supposé libre et éclairé les contraintes du marché, qui n'ont rien de l'expression démocratique d'une opinion collective éclairée, rationnelle, d'une raison publique, comme veulent le faire croire les démagogues cyniques."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Sur la télévision - 1996, page 77

"Le paradoxe de la situation créée par le développement de la technologie des sondages est que jamais sans doute les acteurs des champs politique et journalistique n'ont autant dépensé d'argent pour savoir ce que veut "le peuple" et jamais ils ne l'ont su, finalement, aussi mal."
Patrick Champagne - Faire l'opinion : le nouveau jeu politique - 1990

"Une esthétique du pouvoir a remplacé l'exercice du pouvoir concédé à des entourages mondains, des experts technocratiques, des analystes financiers, des éminences lovées dans des cabinets ministériels plus habiles à flatter qu'à trancher. Peu à peu, des clans parisianistes ont pris le contrôle des leviers de commande de l'État, réduisant toute initiative à un effet d'annonce, la soumettant à l'appréciation des sondages, voire de la mode. D'où une dictature sournoise de l'émotion, dans une atmosphère de cour ou de Bas-Empire, aggravée par une dérive monarchique dans le fonctionnement des institutions."
Jacques Chirac - né en 1932 - La France pour tous



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