La Toupie  >  Textes  >  Retraites

Retraites


Alternatives à l'augmentation de la durée des cotisations



A l'heure où le gouvernement durcit les conditions de départ à la retraite, voici quelques éléments pour répondre à ceux qui veulent remettre en cause le régime actuel.


Allongement de la durée de vie

L'espérance de vie est très inégale selon les classes sociales. Celle d'un ouvrier est inférieure de sept ans à celle d'un cadre. Ceux qui gagnent le moins, ayant une espérance de vie plus faible, contribuent donc au financement des retraites de ceux qui vivent le plus longtemps, c'est-à-dire des classes les plus aisées. Une mesure d'équité pourrait être de moduler la durée des cotisations en fonction de la pénibilité. Mais comment la mesurer objectivement ? Comment savoir qui de l'ouvrier manuel, du professeur, du cadre surexploité ou salarié précaire occupe le poste le plus pénible ?

En outre, l'accroissement de l'âge moyen de départ à la retraite augmentera les maladies liées au travail des plus de 60 ans et réduira leur espérance de vie.



Le travail des seniors

Le "Plan national pour l’emploi des seniors" a été présenté comme un corollaire indispensable à la réussite de la politique du gouvernement en matière de retraite. Son but est d'accroître le taux d'emploi de la tranche d'âge 55-64 ans. Selon le Conseil d'Orientation des Retraites (COR), les comportements des salariés et des employeurs ne semblent pas encore avoir été infléchis et, dans le privé, 60% des "seniors" ne sont déjà plus au travail lorsqu'ils arrivent à l'âge officiel de la retraite, et ce pour diverses raisons : chômage, invalidité, longues maladies… Pourquoi le patronat arrêterait-il de les licencier et de les mettre en préretraite, pour au contraire en embaucher ?


Niveau des retraites

Le mécanisme de décote sur le montant de la retraite lié au manque d'annuités va entraîner une baisse des pensions. En effet, nombreux seront les salariés qui ne pourront remplir les conditions pour avoir droit au taux plein : période de chômage, difficultés pour trouver un emploi après cinquante ans, salariés précaires ayant des périodes d'activités fractionnées … Dans les faits, ce sera l'entreprise qui, par les licenciements, fixera l'âge de départ à la retraite.


Alternatives à l'augmentation de la durée des cotisations

Le besoin de financement, selon le COR, est de 24,8 milliards d'euros (en euros constants) aux environs de 2020. Il est à comparer avec les 4,1M€ qu'apportera le passage de la durée de cotisation à 41,5 ans et demi d'ici cet horizon-là. Compte tenu de la croissance, même faible sur cette période, et de la taille du budget de l'Etat, celui-ci a les moyens d'assurer l'équilibre du régime des retraites et de trouver de nouveaux financements.

Les départs massifs à la retraite de Français nés durant le "baby-boom" des années 40-50, en libérant des emplois, contribuent mécaniquement à faire baisser le chômage. Le régime d’assurance chômage de l’Unedic redevient positif. Il est donc possible de transférer une partie des recettes de l'assurance chômage vers les cotisations retraites.

Un meilleur partage de la valeur produite par les entreprises au profit des travailleurs ainsi qu'un élargissement de la base des prélèvements permettraient de trouver de nouveaux financements pour les retraites par répartition. Des pistes existent : prise en compte de la valeur ajoutée et non des seuls salaires, taxation des bénéfices non réinvestis, élargissement des cotisations à la participation, à l'intéressement, aux stock-options, aux abondements des Plans d'Epargne Entreprises….


L'augmentation de la productivité du travail compense largement l'impact du vieillissement de la population. Il faut avoir la volonté politique de faire en sorte qu'elle ne profite plus qu'au seul capital, mais aussi à ceux qui travaillent.


Pierre Tourev, 30/05/2008



Accueil     Textes     Haut de page