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La formation du consommateur

Pourquoi tant de plaisir dans l'accumulation d'objets ?


L65 Jimmy T - 2014-09-15 - 19:10



(Ce texte est extrait du forum : Décroissance économique)


Texte publié dans le courrier des lecteurs du mensuel "La décroissance" de septembre 2014.

La décroissance, oui ! La simplicité volontaire, oui ! Plus de liens moins de biens, oui ! Mais en sommes-nous capables ? Aujourd'hui la plupart des gens achètent, consomment, pas toujours par nécessité mais aussi pour se faire plaisir : une paire de chaussures, un téléphone dernier cri, un écran géant, une voiture de sport… Et tout le monde a besoin d'une certaine quantité de plaisir !?
Mais pourquoi tous ces gens trouvent-ils leur plaisir dans l'accumulation d'objets ? Peut-être que ces objets les mettent en valeur, extériorisent combien ils sont beaux, ils sont forts, ils sont modernes, ils sont puissants… comblant ainsi la peur de n'être rien, de passer inaperçu, de ne plaire à personne, d'être seul, isolé ?
La surconsommation, le capitalisme, auraient-ils pour racine une angoisse ?
Avons-nous été formés pour consommer ?
Mais que se passe-t-il après les premières secondes de vie d'une personne ? Une fois le cordon coupé, très rapidement le bébé est séparé de sa mère. Rappelons que le nouveau-né n'a connu jusqu'ici que le contact soyeux du ventre de sa mère et qu'il n'a jamais connu la faim. Comment interpréter ce réflexe de succion que nous pouvons simplement observer ? Un besoin de téter, que ce soit pour se nourrir et/ou pour assouvir une envie affective ? Peut-être que cette très jeune personne sent inconsciemment, comme tous les mammifères, que le sein de sa mère est ce qui le sépare de la mort ?
Mais qu'à cela ne tienne, voilà le premier objet de la formation, source de vie et de plaisir : le biberon, fabriqué dans le meilleur plastique (si on a les moyens) rempli d'un lait vidé de toute humanité.
Attention la formation est intensive dès le départ car après un moment on propose pratiquement systématiquement de mettre cette personne "en grande vulnérabilité", âgée de quelques heures, dans une autre pièce (la nurserie) ! Rappelons que l'enfant jusqu'ici n'a connu affectivement que le contact, la chaleur, les sons de sa mère…
Le deuxième objet fait son apparition : la tétine … ! Cette tétine qui remplace, fait croire à la présence vitale de la mère, qui rassure, comblant ainsi le réflexe de succion, cette tétine amène progressivement la jeune personne vers un : "objet égale vie" qui sera bientôt remplacé par un : "objet égale amour" que ne manquera pas de lui confirmer chaque personne qu'il croisera déposant un objet dans son couffin ! Dont l'origine lui sera transmise par sa mère : "C'est la peluche que t'a offerte ta tante quand on était à la maternité…"
Puis quand l'enfant sera agité, peut-être en demande d'interaction humaine, on le mettra devant un portique ou sur un tapis "d'éveil" (au capitalisme je suppose) rempli d'objets en tous genres, de toutes formes… tapis qui viendra compléter à merveille, le mobile, le hochet, les peluches, boites à musique, et autres "objets" entourant en permanence cet enfant.
Et quand la mère reprendra son travail au bout de deux mois et demi – eh oui il faut bien qu'elle produise – un autre objet primordial de la formation fera son apparition : le doudou, transposition de la mère en objet, carrément ! Sur lequel on applique toujours bien l'égalité "Objet = Amour". Jusqu'au premier Noël où les adultes déjà formés, qui n'ont que très peu de temps à accorder à leurs enfants car occupés à produire, compensent en leur achetant profusion de cadeaux ; pour eux l'égalité est bien en place, "pour montrer aux gens qu'on les aime il faut leur acheter quelque chose".
Et pour finir, de plus en plus tôt, on met cet enfant devant la télé, matraqué de publicité, de couleurs, de sons, de violences à un rythme effréné, le privant ainsi d'un temps d'apprentissage primordial des interactions humaines, bien sûr il y aura les jeux vidéo où la personne entre littéralement dans l'objet… Le smartphone qui devient pour certains comme une prolongation de leur être physique puisqu'ils ne s'en séparent jamais de plus d'un mètre, se promènent en le tenant à la main comme un cordon ombilical en attente de jonction. La télé, palliatif à la capacité d'interaction humaine, adaptée à tous les goûts, tous les âges, jusqu'en maison de retraite, restera le dernier stade de formation.
Si nous voulions former quelqu'un au capitalisme, à la surconsommation, au consumérisme… que ferions-nous de plus ?
Jimmy Tessieras, Bègles (Gironde)


L65 Jimmy T, 2014-09-15



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