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Recueil de citations


Pollution



"Tout comme il existe des modèles de consommation, la société suggère ou met en place des "modèles de violence", par où elle cherche à drainer, à contrôler, à mass-médiatiser ces forces irruptives.
En effet, pour empêcher que ce potentiel d'angoisse accumulée du fait de la rupture de la logique ambivalente du désir, et donc de la perte de la fonction symbolique, ne résulte en cette violence anomique et incontrôlable, la société joue à deux niveaux :
1. D'une part, elle tente de résorber cette angoisse par la prolifération des instances de la sollicitude : rôles, fonctions, services collectifs innombrables - partout on objecte du lénifiant, du souriant, du déculpabilisant, du lubrifiant psychologique (tout comme du détergent dans les produits de lessive). Des enzymes dévorant l'angoisse. On vend aussi du tranquillisant, du relaxatif, de l'hallucinogène, de la thérapie de tout poil. Tâche sans issue, dans laquelle la société d'abondance, productrice de satisfaction sans fin, épuise ses ressources à produire aussi l'antidote à l'angoisse née de cette satisfaction. Un budget de plus en plus lourd passe à consoler les miraculés de l'abondance de leur satisfaction anxieuse. On peut l'assimiler au déficit économique (d'ailleurs non comptabilisable) dû aux nuisances de la croissance (pollution, obsolescence accélérée, promiscuité, rareté des biens naturels) mais il les dépasse sans aucun doute de très loin.
2. La société peut essayer - et elle le fait systématiquement - de récupérer cette angoisse comme relance de la consommation, ou de récupérer cette culpabilité et cette violence à leur tour comme marchandise, comme biens consommables, ou comme signe culturel distinctif. Il y a alors un luxe intellectuel de la culpabilité, caractéristique de certains groupes, "une valeur d'échange/ Culpabilité"."

Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation, Ed. Denoël, 1970, page 284

"Les éléments nécessaires pour produire du blé étaient autrefois la terre, le soleil, et la sueur des bêtes et des hommes. Aujourd'hui, la terre ne compte guère, les animaux ont disparu, les hommes continuent à se fatiguer, différemment mais au moins autant qu'avant, et le reste des ingrédients est fourni par l'industrie. Certes le rendement à l'hectare s'accroît régulièrement, mais ce terme n'a plus le même sens, puisque le rôle de la terre s'est amoindri. Il faut comparer la récolte non à la surface qui lui est consacrée, mais à l'ensemble des produits de toutes natures qu'il a fallu consommer pour l'obtenir (les intrants). Le bilan est alors beaucoup moins glorieux. Ce que met en évidence le prix de revient élevé des céréales produites. Encore ce prix ne tient-t-il pas compte des charges qui, en bonne logique, devraient lui être imputées : coût des pollutions induites qui détruisent peu à peu l'écosystème, coût du déplacement de population qui avait un toit au village et pour qui il faut construire des barres ou des tours dans les grands ensembles."
Albert Jacquard - 1925-2013 - J'accuse l'économie triomphante, 1995

"La crise écologique, par exemple, est traitée superficiellement lorsqu'on ne souligne pas que la mise en place de dispositifs antipolluants n'aura d'effets que si elle s'accompagne d'une diminution de la production globale. Autrement ces mesures transfèrent les ordures chez nos voisins, les réservent à nos enfants, ou les déversent sur le tiers monde."
Ivan Illich - 1926-2002 - La convivialité, 1973

"La flexibilité externe pourrait être rendue plus coûteuse pour les entreprises, selon un principe bien connu lorsqu'il est appliqué à la pollution : "les précarisateurs" seront les payeurs. Les cotisations sociales des employeurs - chômage et retraite - doivent donc être modulées en fonction de la nature et de la durée du contrat de travail. La règle générale est simple : des cotisations directement proportionnelles à la précarité encourue et inversement proportionnelles à la sécurité procurée."
Jacques Rigaudiat - Le nouvel ordre prolétaire - page 184 - 2007

"C'est bien parce que les dirigeants européens encouragent la délocalisation de la production en Chine, où les rendements énergétiques sont dignes du XIXe siècle, que la pollution augmente dans le monde. L'Europe ne progresse pas sur le plan écologique, elle délocalise sa pollution."
Emmanuel Todd - né en 1951 - Après la démocratie, 2008, page 229

"En ce début de siècle, le capitalisme productivisme et financier est condamné, mais il ne le sait pas encore. Sa bonne santé apparente est spectaculaire et insolente. Il règne en maître sur la production des produits et services, sur la diffusion d'une culture mondialisée et a réussi à déconnecter le monde financier de l'économie réelle. Pourtant, des signes annonciateurs de sa fin commencent à apparaître : épuisement des ressources naturelles, dérèglement climatique, montée en puissance des inégalités, dégradation des conditions de vie sur terre, pollution de l'eau, de l'air et du sol, replis communautaires et religieux.
Reprendre le combat des idées et du projet de société, lutter contre l'idéologie dominante pour laquelle croissance matérielle, épanouissement par la consommation et centralité de la valeur travail est l'horizon indépassable : voilà le socle, l'accord minimum qui permet à ceux qui partagent ce constat de nous rejoindre pour construire les fondations d'un alterdéveloppement."

Manifeste Utopia - Avant propos d'André Gorz, 2008, page 156

"Le PIB (produit intérieur brut) dont les économistes scrutent le taux de croissance est en réalité un piètre indicateur du niveau de vie. Il ne mesure en effet que les revenus et les consommations qui donnent lieu à des paiements officiels. Il ignore tout ce qui contribue "gratuitement" au niveau de vie, comme la qualité de l'air ou le climat social. Il augmente d'autant plus que l'activité augmente, même si cette activité vise à réparer une dégradation de la qualité de vie (dépenses de sécurité, de dépollution, de reconstruction). Ce n'est donc pas un indicateur de niveau de vie, mais plutôt un indicateur d'activité économique."
Ouvrage collectif - L'homme et le marché, 2006



>>> Définition : Pollution



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