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A propose de la reconnaissance du mérite




Ce texte est la suite de la page "Du matérialisme à la révolte", qui montre comment, pour le matérialiste, l'homme n'est, au sens premier, ni responsable, ni coupable" [*], puisque cette vision philosophique conduit à nier à la fois le libre-arbitre et le déterminisme.
[*] ce qui ne veut pas dire que l'homme peut faire ce qu'il veut. En effet, tous les hommes sont interdépendants dans les conséquences de leurs actes.


De ce principe découle l'idée que la notion de "mérite" n'a pas de sens.

Le paresseux n'a pas moins de "mérite" que celui qui se lève tôt pour travailler dur... Le cancre n'a pas moins de "mérite" que le fort en maths (qui, en plus aime ça, les maths). Le milliardaire n'a pas plus de "mérite" que le gagnant du loto ou que le SDF.

De là, je n'en déduis pas la nécessité d'une égalité absolue entre les hommes, c'est-à-dire de l'égalitarisme, bien au contraire. Il est aisé de constater que l'homme est sensible à son environnement et que, donc, il réagit à des stimuli, positifs comme les récompenses, les encouragements... les "carottes" ou négatifs, comme les contraintes, la "peur du gendarme"... les "bâtons". Si les "carottes" et les "bâtons" sont judicieusement ajustés, ils peuvent conduire, par l'incitation pour l'intéressé et par l'exemple pour les autres, à des comportements "vertueux". J'appelle ici vertueux des comportements, des attitudes qui sont bénéfiques à la société dans son ensemble et donc aux individus.

Il me paraît donc nécessaire qu'il y ait des différences dans la répartition des richesses produites. Cependant ces différences n'ont pas pour but de reconnaître un quelconque mérite au plus "méritant", mais sont là pour l'encourager à oeuvrer pour le bien commun et pour inciter les autres, qui le voient ainsi récompensé, à faire comme lui preuve d'innovation, de solidarité, de courage, de responsabilité (au sens sociale)...

Ensuite, tout est question de dosage. S'il est juste qu'un patron ait une rémunération supérieure à celle de ses employés, au-delà d'un certain seuil, l'écart de rémunération n'est plus incitatif et génère, au contraire, des effets pervers (l'appât du gain, l'exploitation des salariés, l'argent devenant un but en soi).

On peut aussi se demander s'il est normal de faire fortune en inventant des gadgets inutiles, en tapant dans un ballon, en vendant des armes... mais ceci est un autre sujet.


Pierre Tourev, 05/11/2006



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