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Rémunération des grands patrons


Faut-il instaurer un salaire maximum ?




3,6 millions d'euros, telle est la rémunération moyenne des patrons des entreprises du CAC 40 en 2008 (Cabinet Proxinvest), soit plus de 220 fois le SMIC. Malgré une baisse de 20% par rapport à 2007, c'est encore confortable !

Ces rémunérations tiennent compte du salaire fixe (le salaire de base), de la part variable (ou bonus), des avantages en nature, des actions gratuites, des stock-options et des jetons de présence. Elles n'incluent pas les dividendes pouvant êtres perçus en tant qu'actionnaires.

220 fois le SMIC est un ratio difficile à imaginer !
Si on le mesure en capacité à acheter une maison, c'est au mieux une pour toute une vie pour le simple quidam et une tous les deux ou trois mois pour les autres.
Si l'on raisonne en capacité à épargner, le rapport devient presque infini entre les quelques centaines d'euros par an pour les uns et plusieurs millions pour les autres. Le rapport dépasse alors allègrement les 10 000 !

Ces très hautes rémunérations, notamment les bonus et les stocks-options, ainsi que le sentiment de sécurité procuré par les parachutes et retraites dorés, incitent les "grands patrons" à se focaliser sur la valeur boursière de leur entreprise au détriment de la recherche d'un développement à long terme. Cette attitude a contribué à alimenter la spéculation boursière, à la prise de risques inconsidérés et, au final, à déclencher la crise.

En outre, les salaires des grands patrons sont disproportionnés par rapport à leur engagement personnel. Ne sont-ils pas entourés d'une cohorte de conseillers qui les aident et préparent leurs décisions, ainsi que par de nombreux chefs de service eux-mêmes très bien payés ? Dans ces conditions, il est difficile d'évaluer leur apport réel à l'entreprise, car beaucoup d'autres facteurs entrent en jeu.

Les sommes vertigineuses versées aux grands patrons ne sont plus admissibles et les employés qui voient leurs salaires stagner ou leurs emplois menacés par une restructuration ou une délocalisation, peuvent légitimement les percevoir comme immorales et injustifiées.

Il est donc du devoir des institutions publiques de corriger ces aberrations du marché du travail. Elles peuvent le faire de deux manières.

La première consisterait à plafonner les rémunérations, ce qui profiterait à la fois aux actionnaires, en corrigeant les effets pervers de tels revenus, ainsi que les entreprises de plus petites tailles qui auraient la possibilité d'attirer de meilleurs dirigeants. Le faire au niveau européen rendrait cette mesure plus efficace.

La seconde est de faire appel à la fiscalité. En France, les taux d'imposition sur le revenu sont plafonnés avec un taux marginal maximum de 40%. Par le passé, ce taux maximum s'est élevé à 70%. Il a même atteint 80% aux Etats-Unis. Cela n'a pas empêché d'avoir une économie florissante pendant les "Trente Glorieuses". Il est urgent de rétablir une plus forte progressivité de l'impôt sur le revenu, synonyme d'équité, après, bien évidemment avoir supprimé le bouclier fiscal.


Pierre Tourev, 21/03/2010




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