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Fin de règne



J’étais en Russie peu après l’effondrement de l’URSS. L’ambiance était bizarre. Les citoyens n’avaient plus de vision d’avenir et regrettaient le passé. Des chantiers du métro d’Almaty étaient à l’abandon. Les bus ne passaient plus à l’heure prescrite, quand ils passaient. Tous espéraient leur avenir de l’Occident qui était venu pour les dépecer.

Une ambiance de fin de règne, comme Rome a dû la connaître en 475 et Byzance en 1453, ou encore comme Vienne en 1918, à la fin des Habsbourg, ou Berlin en 1945 et Pékin vers 1912. Je ne suis pas seul à ressentir ce genre de situation chez nous. Pablo Servigne, le collapsologue aussi.

Au cours de notre passé glorieux, nous avons imposé notre volonté en Afrique, en Asie, en Amérique. Nos religions ont remplacé les cultes locaux. Les ressources de ces régions (y inclus des esclaves) nous ont enrichis. Cette période est révolue. Notre éthique a évolué. Nous ne croyons plus beaucoup à une préférence divine particulière. La science a démoli l’idée d’un avantage racial. Notre morale est devenue beaucoup plus universaliste. Cependant, l’Amérique d’Adolf Trump a repris cette ancienne attitude.

Nous ne croyons plus à notre propre force, à notre propre destinée. La poignée de main traîtresse entre Ursula et Donald en Écosse, l’été dernier est le plus fort exemple de ce sentiment défaitiste.

Or, nous sommes forts. L’UE a plus de soldats sous les armes que la Russie. Nous formons un des plus grands marchés du monde. Utilisons ces forces. Ne fut-ce que pour nous conforter nous-mêmes. Nous ne sommes en déclin, que parce que nous le pensons. Ursula avait le choix de ne pas aller en Écosse. Mais elle n’y croyait pas.

L’opinion d’Édouard Philippe, maire du Havre, est un exemple du regret par la droite de cette période glorieuse mais nauséabonde, dont tous les pays d’Europe ont été coupables, la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Russie, les USA, la Suède, le Danemark et plus récemment, Israël et la Chine.

Actons ce changement d’attitude et regardons vers l’avenir. Créons un monde universaliste qui reconnaît et accepte les erreurs du passé, avec l’ambition absolue ne pas les répéter. Construisons ensemble, avec tous les peuples de la Terre, des échanges égalitaires pour tous ses habitants.

Nos sociétés ont abusé de l’excuse de la religion pour justifier ses exactions, jusqu’au "Got mit uns" des soldats allemands et le peuple élu des Juifs. La science, avec les conquêtes spatiales n’a pas trouvé les dieux des livres. Nos élites ont remplacé ce dieu dont l’existence est douteuse, par l’Euro (traduit en Dollar ou Yuan). Avec dans ses basques un égoïsme encore plus exacerbé que par le passé. Nous voyons d’ailleurs les financiers, les grands prêtres de cette religion, refuser, les mesures qui doivent adoucir cet égoïsme, comme les taxes pour redistribuer les richesses, ou l’attention à l’écologie pour assurer notre survie à long terme.

Reconnaissons que l’argent a été un moteur important de nos succès économiques et des luxes dont nous jouissons. Mais ses inconvénients dépassent maintenant ces avantages. Depuis la chute de l’URSS, l’épouvantail socialiste pour les financiers a disparu, il n’y a plus de frein pour limiter les avantages des travailleurs, tant pour le salaire direct, que pour le salaire indirect, la sécurité sociale ainsi que les communs, comme les routes. Rien ne tempère le désir des nantis d’augmenter leurs patrimoines. Les fanatiques de la religion du dieu Euro sont aussi dangereux que les fous de dieu chrétiens, juifs ou musulmans.

Bâtissons un avenir sans nous baser sur l’argent et le profit. En fait, n’utilisons l’argent que pour régler nos échanges de biens et de services. Refusons de faire travailler notre argent. Rejoignons cette vision islamique qui interdit l’usure, c’est-à-dire les prêts avec intérêts. Organisons un revenu universel sur toute la terre, car les différences de revenus actuelles sont inacceptables. Dépassons cette fin de règne et ouvrons les bras à un nouveau régime, plus moral, plus juste, plus humain.

Imitons Adolf Trump sur un point. Taxons les importations des pays qui rejettent l’autorité des tribunaux internationaux, qui refusent que la souveraineté nationale s’arrête à la souveraineté des autres pays. Nos parents ont créé ces instances internationales à la suite des procès de Nuremberg. Il est de notre devoir d’en maintenir l’efficacité.

Je refuse ces positions défaitistes, tant accepter notre déclin, que regretter un passé à désavouer. Je propose de construire un monde meilleur sur les cendres du passé, avec nos forces comme bases.



Marc, Page de Marc 179, 30/12/25



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