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"Tourpilles", le recueil de citations


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"Résumant brièvement, nous dirons que le problème fondamental du capitalisme contemporain n'est plus la contradiction entre "maximisation du profit" et "rationalisation de la production" (au niveau de l'entrepreneur), mais entre une productivité virtuellement illimitée (au niveau de la technostructure) et la nécessité d'écouler les produits. Il devient vital pour le système dans cette phase de contrôler non seulement l'appareil de production, mais la demande de consommation, non seulement les prix, mais ce qui sera demandé à ce prix. L'effet général est soit par les moyens antérieurs à l'acte même de production (sondages, études de marché), soit postérieurs (publicité, marketing, conditionnement) d'"enlever à l'acheteur - chez qui il échappe à tout contrôle - le pouvoir de décision pour le transférer à l'entreprise, où il peut être manipulé"."
Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 97

"La machine à laver, c'est du temps libre pour la ménagère, du temps libre virtuel transformé en objet pour pouvoir être vendu ou acheté (temps libre qu'elle mettra à profit pour regarder la T.V. et la publicité qu'on y fera pour d'autres machines à laver !)."
Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 242

"La publicité est "dispensée", c'est une offre gratuite et continuelle à tous et pour tous. Elle est l'image prestigieuse de l'abondance, mais surtout le gage répété du miracle virtuel de la gratuité. Sa fonction sociale est donc celle d'un secteur des relations publiques. On sait comment procède celles-ci : visite d'usines (Saint-Gobain, stages de recyclage des cadres dans les châteaux Louis XIII, sourire photogénique du Directeur général, œuvres d'art dans les usines, dynamique du groupe : "la tache d'un R. P. man est de maintenir une harmonie d'intérêts mutuels entre les publics et les managers"). De la même façon, la publicité sous toutes ses formes a pour fonction la mise en place d'un tissu social idéologiquement unifié sous les auspices d'un super-mécénat, d'une super féodalité gracieuse, qui vous offre tout ça "en plus", comme les nobles donnaient la fête à leur peuple."
Jean Baudrillard - 1929-2007 - La Société de consommation - Denoël - 1970, page 262

"Le seul titre de gloire des célébrités est leur célébrité même, le fait d'être connues... Or, cette célébrité n'est rien de plus qu'une version de nous-mêmes magnifiée par la publicité. En l'imitant, en essayant de nous vêtir comme elle, de parler son langage, de paraître à sa ressemblance, nous ne faisons que nous imiter nous-mêmes... Copiant une tautologie, nous devenons nous-mêmes tautologies : candidats à être ce que nous sommes... nous cherchons des modèles, et nous contemplons notre propre reflet."
Daniel J. Boorstin - 1914-2004 - L'image - cité par Jean Baudrillard dans La Société de consommation - Denoël - 1970, page 314

"On peut et on doit lutter contre l'audimat au nom de la démocratie. Ça paraît presque paradoxal parce que les gens qui défendent l'audimat prétendent qu'il n'y a rien de plus démocratique (c'est l'argument favori des annonceurs et des publicitaires les plus cyniques, relayés par certains sociologues, sans parler des essayistes aux idées courtes, qui identifient la critique des sondages - de l'audimat - à la critique du suffrage universel, qu'il faut laisser aux gens la liberté de juger, de choisir ("ce sont vos préjugés d'intellectuels qui vous portent à considérer tout ça comme méprisables". L'audimat, c'est la sanction du marché, de l'économie, c'est-à-dire d'une légalité externe et purement commerciale, et la soumission aux exigences de cet instrument de marketing est l'exact équivalent en matière de culture de ce qu'est la démagogie orientée par les sondages d'opinion en matière de politique. La télévision régie par l'audimat contribue à faire peser sur le consommateur supposé libre et éclairé les contraintes du marché, qui n'ont rien de l'expression démocratique d'une opinion collective éclairée, rationnelle, d'une raison publique, comme veulent le faire croire les démagogues cyniques."
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Sur la télévision - 1996, page 77

"La publicité est à la consommation ce que l'érotisme est à l'amour. Le plaisir ne suit pas toujours..."
Philippe Bouvard - né en 1929 - Maximes au minimum

"A vos marques ! Prêts ? Partez ! Jamais la formule sacramentelle n'est apparue plus ambiguë que depuis que les champions se dopent à la pub."
Philippe Bouvard - né en 1929 - Mille et une pensées - 2005

"L'intoxication [publicitaire] repose sur un certain nombre de sophismes, de schémas mentaux, qu'inlassablement le discours dominant tente d'inscrire dans la cervelle des gens.
C'est d'abord le sophisme de l'inéluctable. L'expansion publicitaire "fait partie de l'époque", vous n'y pouvez rien. La France est en retard en matière de publicité (comme, plus généralement, en matière de modernité) "La logique économique veut que ..." Il faut suivre. On s'assure de votre docilité en vous convaincant de votre impuissance."

François Brune - Spectateur et publicité, un mariage forcé - Le Monde diplomatique, janvier 1986

"La publicité ? Une invention hypocrite de l'homme ; un miroir aux alouettes pour manipuler, exploiter et asservir en douceur son prochain."
Roseline Cardinal

"La publicité, au contraire [de la communication], ne fait que rester dans le titre. C'est le registre de la propagande, qu'elle soit politique ou commerciale. Elle cherche à enfermer dans une communication superficielle, fondée sur le martelage de slogans et d'images. Elle veut engendrer des "conduites réflexes" et repousser le discours de la raison. Partant du même point, elle est finalement l'antithèse d'une volonté de communiquer une réflexion profonde cherchant à dépasser les apparences ou les émotions."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 75

"Il n'est pas innocent que la publicité, porte-voix de l'idéologie néolibérale, nous enjoigne constamment de "positiver" et qu'elle désigne ses contradicteurs comme des "publiphobes". C'est le propre de tout système totalitaire de "psychiatriser" ses contradicteurs. La démocratie ne s'accommode pas de ce mode de fonctionnement. Elle a besoin du positif comme du négatif, du pouvoir et du contre-pouvoir."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 90

"Tout comme nos amies les entreprises ne consacreraient pas des milliards à la publicité si elle ne rapportait pas encore plus, la classe politique fait rarement dans la gratuité."
Jean Dion - né en 1949 - publié dans Le Devoir, Québec

"L'un des pires démons de la civilisation technologique est la soif de croissance, laquelle est attirée par d'innombrables facteurs institutionnels, allant du prestige international à la promotion immobilière et à d'autres formes de publicités commerciales."
René Dubos - 1901-1982 - Les dieux de l'écologie

"Quelle dictature a fait autant de propagande pour son chef ou ses principes que nos démocraties en font pour la marchandise ? Un slogan publicitaire ne transmet-il pas aussi un message idéologique, une injonction à se comporter selon des règles fixées par d'autres en fonction de leurs intérêts ?"
Armand Farrachi - Petit lexique d'optimisme officiel - Page 55 - Fayard - 2007

"Désormais, les méthodes du business sont d'autant plus prisées aux Etats-Unis que les partis ont virtuellement cessé d'exister, les campagnes se sont personnalisées et, via la publicité politique, l'argent joue un rôle clé. Une bonne stratégie électorale cherche à privilégier les sujets susceptibles de détacher de la coalition adverse un nombre suffisant de partisans (ou de clients). Moins l'électorat est politisé, plus ces thèmes qui font clivage (wedge issues peuvent paraître accessoires."
Serge Halimi - Faiseurs d'élections made in USA - Manière de voir, n°92 - Avril-mai 2007

"La publicité [...], pour arriver à ses fins, doit décerveler les citoyens. Ceux-ci ne sont plus que des consommateurs qu'il faut manipuler, transformer en foule docile, à qui l'on veut faire prendre des vessies pour des lanternes. Cet objectif est naïvement avoué par l'usage d'une expression dont le cynisme éhonté n'est plus perçu tant elle est utilisée : "améliorer l'image de marque". Il ne s'agit plus d'améliorer la réalité des produits offerts par une grande entreprise sous une marque commune, mais la perception floue qu'en ont les acheteurs."
Albert Jacquard - né en 1925 - J'accuse l'économie triomphante - 1995

"Veblen [Thorstein Veblen, économiste] constatait ensuite qu'existent le plus souvent plusieurs classes au sein de la société. Chacune d'entre elles est régie par le principe de la rivalité ostentatoire. Et dans chaque classe, les individus prennent comme modèle le comportement en vigueur dans la couche sociale supérieure, qui montre ce qui est bien, ce qu'il est chic de faire. La couche sociale imitée prend elle-même exemple sur celle qui est située au-dessus d'elle dans l'échelle de la fortune. Cette imitation se reproduit de bas en haut, si bien que la classe située au sommet définit le modèle culturel général de ce qui est prestigieux, de ce qui en impose aux autres.
Que se passe-t-il dans une société très inégalitaire ? Elle génère un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l'oligarchie - elle-même en proie à la compétition ostentatoire - sert d'exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. Médias, publicité, films, feuilletons, magazines "people" sont les outils de diffusion du modèle culturel dominant."

Hervé Kempf - Comment les riches détruisent le monde - in Manière de voir n°99, Juin-Juillet 2008

"Fabriquons des obèses gavés de sucre, diabétiques limaces rampantes, éléphants de mer au coeur fragile. La honte de leur corps nous sera un marché sans fin de produits diététiques, de joggings XXL, et de rameurs couchés."
Michel Piquemal - Le Prophète du libéralisme [satire] - 2005

"[La publicité :] Ses messages quotidiens formatent, mieux que toute propagande, l'énergie du désir des hommes. Elle leur désapprend la révolte, le goût de la connaissance, le sens critique et la gratuité. Elle glorifie l'inutile, le jetable, la marque."
Michel Piquemal - Le Prophète du libéralisme [satire] - 2005

"En vérité je vous le dis, la télévision n'est que le porte-parole du Marché. Elle est là pour persuader petits et grands que la quantité des biens et la qualité de la vie sont une seule et même chose.
Vos émissions ont pour vocation de rendre le cerveau humain perméable aux publicités. Vous devez le divertir entre deux messages. Car ce que vous vendez aux annonceurs, c'est du temps de cerveau humain disponible."

Michel Piquemal - Le Prophète du libéralisme [satire] - 2005


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