Qu'est-ce que l'autisme, comment le traiter ?
Qu'est-ce que l'autisme ?
Historique
L'histoire de l'autisme commence durant les années 1940.
Leo Kanner identifie un sous-groupe d'enfants avec retard mental, présentant aussi un trouble des interactions sociales, et des comportements assez homogènes, que l'on qualifiera plus tard de Autistes Kanner.
Dans le même temps, Hans Asperger identifie un sous-groupe d'enfants, sans retard mental, mais présentant aussi des troubles graves des interactions sociales, que l'on qualifiera plus tard d'Autistes Asperger.
Quelques points de repères
1. L'autisme est un continuum.
Les autistes les plus légers ne sont souvent pas identifiés comme tels par la population générale, qui les trouvent simplement “un peu étranges”. En revanche, eux éprouvent une immense fatigue caractéristique liée aux interactions sociales neurotypiques (non autistes).
Les autistes les plus lourds présentent un langage rudimentaire ou inexistant, ou/et un retard mental.
2. L'autisme n'est pas une maladie en soi, juste une manière différente d'être au monde.
Pensez à la minceur. Ce n'est pas une maladie, sauf dans les cas extrêmes tels que l'anorexie mentale. C'est la même chose pour l'autisme.
Plus spécifiquement, une petite dose d'autisme favorise un comportement social constructif, via une meilleure maîtrise de son ego, mais limite la capacité à acquérir du pouvoir. Dans le même ordre d'idée, je conjecture que la plupart des grands sages indiens sont légèrement autistes.
3. Les problèmes sociaux des autistes légers ne viennent pas de leur nature, mais du fonctionnement particulier de la société, imposé par les neurotypiques.
Il existe un racisme anti autistes, au même titre qu'un racisme anti noirs. Par exemple, on parle souvent des intérêts restreints des autistes, mais on oublie de les opposer aux intérêts superficiels des neurotypiques.
Conséquences
1. Quand on parle d'autisme, il est important de spécifier si l'on parle de la forme légère (langage élaboré et niveau intellectuel normal), de la forme lourde, ou de l'ensemble des deux.
2. Les autistes légers ne doivent pas être soignés. Il y a un combat politique à mener, comme ont du le faire les gens de couleur et les femmes.
Définition
C'est seulement maintenant que nous pouvons avancer une définition de l'autisme. Elle n'est toutefois compréhensible qu'après avoir intégré ce qu'est un humain sur la base de données scientifiques empiriques et non de l'introspection et du simplement plausible.
L'autisme se caractérise par un moindre intérêt pour les interactions sociales, et plus encore par une moindre importance accordée au statut social. Il s'accompagne souvent de particularités sensorielles.
Notez que cette définition de l'autisme est assez éloignée de la définition habituelle qui serait plutôt "L'autisme se manifeste par des troubles de la communication, des intérêts ou activités obsessionnels, des comportements à caractère répétitif, ainsi qu'une forte résistance au changement."
La définition habituelle est stigmatisante, biaisée par la confusion entre l'individu majoritaire et l'individu optimum. Cela est dangereux, parce-que cela favorise une seconde confusion entre soigner et normaliser via du conditionnement. De plus, elle tend à confondre structure de personnalité et réactions habituelles face au stress.
Diagnostic
Historique
A la fin des années 1980 se mettent en place les deux tests standardisés principaux pour le diagnostic de l'autisme, l'ADI-R et l'ADOS.
Des efforts importants, et des progrès, ont été accomplis depuis, pour permettre un diagnostic plus précoce, dès 12 mois.
En revanche, le diagnostic chez les adolescents et adultes des formes légères de l'autistes reste non fiable, car appuyé sur une utilisation hors spécifications de l'ADI-R et l'ADOS. En effet, ces deux tests, trop axés sur l'identification d'incapacités, sont mis en défaut par toute capacité de compensation significative. Cette compensation prend principalement deux formes : d'une part au niveau de l'individu, le masking, c'est à dire chercher à paraître comme les autres. D'autre part, au niveau familial, l'influence d'un parent lui-même autiste, qui aide à trouver des solutions pratiques.
Diagnostic des formes légères de l'autisme
La question "Dis-moi comment tu prends les décisions, je te dirai qui tu es" propose un diagnostic basé sur l'observation des spécificités dans la manière de conduire la résolution de problèmes.
Traitement
Historique
Le traitement de l'autisme a été influencé, pour le pire, par la lutte entre psychanalyse et techniques cognitivo comportementales (TCC).
A l'origine, on a voulu interpréter l'autisme à l'aide des concepts préexistants de la psychanalyse. Cela à conduit à le présenter comme une conséquence d'une mère dite “réfrigérateur”, c'est à dire proposant à son enfant une relation affective non satisfaisante. Cela à conduit à plusieurs décennies de traitement culpabilisant pour la mère, et inefficace pour l'enfant, jusqu'à la rébellion des associations de parents contre le corps médical, qui ont fini par mettre le holà.
La suite est la méthode ABA, produit du behaviorisme radical de Skinner (une forme de TCC). Il s'agit d'un conditionnement visant à apprendre de nouveaux comportements à l'enfant. J'ai des réticences, mais n'ai pas d'expérience concernant son application à la forme lourde de l'autisme (trouble du langage ou retard mental). En revanche, pour la forme légère, c'est clairement inadapté parce-que cela tend à produire un enfant qui répond aux attentes sociales de l'adulte, et non un enfant qui apprend à faire avec ses spécificités.
Avec la méthode Teacch Schopler, l'accent est placé sur l'optimisation de l'environnement et la structuration du temps, pour limiter les perturbations sensorielles, et aider l'enfant à accéder aux apprentissages. Encore une fois, pour la forme lourde de l'autisme, je n'ai pas l'expérience nécessaire pour formuler un avis définitif ; je peux juste exprimer un a priori plus favorable que concernant la méthode ABA. Cependant, pour la forme légère, il me semble que 1. mettre l'accent sur l'apprentissage de techniques applicables en environnement ouvert (orienter l'échange, retrait, décontraction) est plus productif que chercher à éviter le stress dans un environnement idéal, même si l'un l'exclu pas l'autre. 2. mettre l'accent sur l'importance de la phase analyse de la résolution de problèmes est plus productif (aide plus à se développer) que de chercher à mettre en place une organisation optimum. Au final, la question que soulève Teacch est : est-il plus pertinent d'orienter le gros de l'effort sur créer un environnement idéal pour l'enfant, ou de lui donner des outils pour se débrouiller dans un environnement ouvert ?
Enfin, les Centres ressources autisme (CRA) régionaux proposent aux autistes légers un entraînement aux habilités sociales. C'est aussi contre-productif car reposant sur une vision idéalisée de l'humain. Les autistes légers ne sont pas en difficulté parce qu'ils ne décodent pas correctement les expressions faciales quand la relation est gagnant-gagnant ; il sont en difficulté quand l'autre cherche à manipuler (jeux psychologiques de Eric Berne), et ce n'est pas par le décodage du langage non verbal qu'il s'en sortiront, mais par la maîtrise de l'avancée du raisonnement.
Le traitement optimum de l'autisme léger
Comprenons nous bien : l'autiste léger est simplement moins tolérant à certains aspects oppressants de notre organisation sociale. En conséquence, l'éducation optimum, qui ne repose pas sur le déni des aspects négatifs des individus dits normaux fonctionne mieux pour les enfants normaux, et fonctionne aussi pour les enfants légèrement autistes.
Autrement dit, le meilleur mode de prise en charge des autistes légers est le même que pour les enfants normaux : il s'agit d'apporter ce que je qualifie d'éduction transcendée par opposition à l'éducation conventionnelle.
Cette méthode éducative consiste en 4 points, exposés ici.
Le principal obstacle provient des pédagogues qui ne sont pas capables de, ou ne veulent pas, sortir de leur représentation mentale où le statut social est au centre, en y substituant une relation basée sur la résolution de problèmes.
Un problème similaire se pose au niveau des parents. Ils vont avoir tendance à s'épuiser à persister à appliquer, en redoublant d'efforts, la solution qui marche particulièrement mal avec les enfants autistes, à savoir l'éducation conventionnelle, basée sur l'application de règles sociales. La peur du changement sera la plus forte : "si on arrête d'appliquer les règles sociales arbitraires, cela va être le bordel". Eventuellement, le parent adoptera au passage un vocable abscons à base de non-discrimination, de HPI et autres "super pouvoirs des autistes", mais il continuera en pratique à chercher à faire accepter à son enfant un système inadapté. Du coup, il y aura chez le parent l'épuisement, les plaintes, et des mauvais résultats.
Face à tant d'efforts inadaptés de la part du parent, l'enfant autiste va culpabiliser, redoubler ses efforts largement inutiles, et finir par s'isoler encore plus, ou chercher à devenir le sauveur de son propre parent.
C'est un système perdant-perdant dont on ne peut sortir qu'en appliquant la résolution de problèmes de l'éducation transcendée.
Hubert Tonneau, Site Internet : Que faire de sa vie ?
Publié sur La Toupie le 13 avril 2026
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